Qu’est-ce qui fait qu’un repas devient un souvenir ?
Il y a des repas dont on ne se souvient plus très bien.
On a oublié ce qu’il y avait dans les assiettes, ce que l’on avait servi en dessert, peut-être même l’année où ils ont eu lieu.
Et puis il y a les autres.
Ceux dont on se souvient des années, parfois des dizaines d’années plus tard.
On se souvient de la maison, de la table, des personnes qui étaient là. On se rappelle une odeur qui venait de la cuisine, une vieille nappe, une assiette particulière, une phrase que quelqu’un répétait toujours.
On se souvient parfois même de petits détails qui, sur le moment, semblaient complètement insignifiants.
Et pourtant, ces détails sont restés.
Alors, qu’est-ce qui fait qu’un repas devient un souvenir ?
Est-ce le menu ? La jolie table ? La circonstance ? Les personnes présentes ?
Sans doute un peu de tout cela.
Mais je crois qu’il y a quelque chose de plus profond : un repas devient un souvenir lorsqu’il est associé à une histoire, à des personnes et à une émotion.
Et c’est justement ce qui me fait penser que nos tables familiales renferment un patrimoine bien plus précieux que nous ne le pensons.
Ce n’est pas forcément le repas que l’on retient
Quand je me pose cette question, un souvenir me revient immédiatement.
Le repas du dimanche chez Mérotte et Papounette, mes grands-parents paternels.
Tous les vendredis, mon grand-père me posait la même question :
« Brigitte, que veux-tu manger dimanche midi ? »
Et moi, je répondais toujours la même chose :
« Un poulet rôti avec des frites ! »
C’était un repas tout simple.
Mais qu’est-ce que c’était bon !
Nous mangions tous les trois dans la cuisine. Papounette découpait le poulet avec son couteau et sa fourchette spécialement conçus pour la découpe. Mérotte apportait le plat de frites à table et, de mon côté, je dressais la table.
Et puis il y avait cette odeur…
Celle du poulet rôti qui cuisait à la broche dans la rôtissoire et qui embaumait toute la cuisine.
Je pourrais probablement retrouver aujourd’hui la recette d’un poulet rôti et préparer les mêmes frites.
Mais ce n’est pas vraiment le poulet rôti dont je me souviens.
Je me souviens de Mérotte et de Papounette.
De la table ronde dans la cuisine.
De ces gestes que nous répétions chaque dimanche.
De l’odeur du poulet qui cuisait.
Et de ce sentiment d’être exactement là où je devais être.
Des années ont passé.
Pourtant, ce souvenir est toujours là.
Il me rend heureuse.
Et lorsque j’y pense, c’est presque comme si c’était hier.
C’est peut-être cela, finalement, qui fait qu’un repas devient un souvenir : ce qu’il nous fait ressentir, bien plus que ce que nous avons mangé.
Derrière chaque recette, il y a souvent une personne
Quand nous pensons à une recette familiale, nous pensons généralement aux ingrédients, aux quantités et à la façon de la préparer.
Mais derrière cette recette, il y a presque toujours quelqu’un.
Une mère, une grand-mère, un père, un grand-père, une tante… ou parfois une personne dont le nom est aujourd’hui presque oublié.
Et c’est souvent cette personne que nous retrouvons lorsque nous préparons à notre tour la recette.
Parce qu’une recette familiale, ce n’est pas seulement une succession d’ingrédients et d’instructions.
C’est aussi une façon de faire.
Un geste.
Une petite astuce que l’on ne trouve dans aucun livre de cuisine.
Une phrase que l’on entend encore dans notre tête :
« Surtout, laisse mijoter doucement. »
« Tu verras, c’est prêt quand ça commence à sentir bon. »
« Ne mets surtout pas autant de farine que dans la recette ! »
Ces petites phrases ne sont peut-être pas importantes aux yeux de quelqu’un d’extérieur à la famille.
Pour nous, elles peuvent être inestimables.
Parce qu’elles font revivre une personne.
C’est ce qui me touche particulièrement dans les recettes qui se transmettent de génération en génération.
On croit transmettre un plat.
En réalité, on transmet souvent beaucoup plus que cela.
On transmet un petit morceau de la personne qui nous l’a appris.
Et parfois, il suffit de retrouver une vieille recette écrite sur un morceau de papier pour que tout un univers refasse surface.
On revoit une cuisine.
On entend une voix.
On retrouve une odeur.
On se rappelle un repas.
Et pendant quelques instants, la personne est à nouveau un peu là.
Ces objets qui racontent une histoire
Il y a aussi tous ces objets que nous conservons parfois sans vraiment mesurer ce qu’ils représentent.
- Une vieille nappe
- Un plat de service
- Un moule à gâteau
- Un carnet de recettes
- Une soupière
- Quelques verres
Ou une série d’assiettes que l’on a toujours connues sur la table familiale.
J’en ai pris conscience avec la vaisselle de ma grand-mère, Mérotte.
Lorsque j’ai commencé à l’utiliser, je ne voyais pas simplement de la vaisselle.
J’avais devant moi une partie de sa vie.
J’ai hérité de toute sa vaisselle.
Celle qu’elle sortait pour les grandes occasions et pour Noël.
Celle qu’elle utilisait lorsqu’elle recevait ses amis.
Celle des repas de tous les jours.
Et puis il y a les assiettes à dessert, qui ont environ 150 ans.
Des assiettes qui ont traversé les générations et qui ont certainement été posées sur bien plus de tables que je ne pourrai jamais l’imaginer.
Aujourd’hui, lorsque j’utilise cette vaisselle, je ne pense pas seulement à son âge ou à sa valeur.
Je pense à Mérotte.
Je l’imagine dresser sa table, choisir ses assiettes selon l’occasion, préparer un repas pour les siens.
Et je me demande parfois combien de repas ces objets ont accompagnés.
Combien de conversations ont eu lieu autour d’eux.
Combien de rires.
Combien de fêtes.
Combien de moments ordinaires qui, sur le moment, semblaient sans importance.
C’est cela qui me fascine dans les objets familiaux.
Ils ne racontent pas seulement ce qu’ils sont. Ils racontent ceux qui les ont utilisés.
Et parfois, il suffit de tenir un objet entre ses mains pour faire surgir une histoire que l’on croyait oubliée.
Les traditions qui se transmettent presque sans que l’on s’en aperçoive
Il y a les grandes traditions familiales, celles que tout le monde connaît et que l’on répète chaque année.
- Le repas de Noël
- La galette des Rois
- Le déjeuner du dimanche
- Le gâteau que l’on prépare pour chaque anniversaire
Et puis il y a toutes les petites habitudes qui ne sont écrites nulle part.
Celles qui font simplement partie de la vie de famille.
- Une façon particulière de préparer les crêpes
- Le plat que l’on mange toujours le soir du 31 décembre
- La personne qui s’occupe invariablement de la salade
- Le dessert que l’on ne sert qu’à Noël
- Le petit-déjeuner du dimanche matin
Ou encore cette phrase que quelqu’un prononce systématiquement au moment de passer à table.
Sur le moment, nous n’y prêtons pas forcément attention.
C’est simplement « comme ça ».
Et pourtant, ce sont souvent ces petites choses qui construisent notre sentiment d’appartenir à une famille.
Une tradition n’a d’ailleurs pas besoin d’être ancienne pour avoir de la valeur.
Elle peut être née avec nos parents.
Ou même avec nous.
Un repas que nous avons commencé à préparer lorsque nos enfants étaient petits peut devenir, des années plus tard, « le plat que Maman faisait toujours ».
Une habitude créée presque par hasard peut devenir un rendez-vous attendu par les enfants, puis par les petits-enfants.
C’est ainsi que se construit la mémoire familiale.
Petit à petit.
Repas après repas.
Génération après génération.
Et peut-être que ce qui est aujourd’hui une simple habitude deviendra demain un souvenir précieux pour quelqu’un.
C’est pourquoi je crois que nous avons parfois tendance à sous-estimer ce que nous transmettons.
Nous cherchons les grandes histoires, les objets anciens, les documents précieux…
Alors que notre patrimoine familial est aussi caché dans tous ces petits gestes que nous reproduisons sans même y penser.
Et si nous prenions le temps de raconter l’histoire derrière nos souvenirs ?
Nous avons tous des souvenirs de repas.
Certains sont très précis.
D’autres sont plus flous, réduits à une odeur, une image, un goût ou quelques mots.
Mais connaissons-nous toujours leur histoire ?
Savons-nous pourquoi cette recette était préparée ?
- Qui l’avait imaginée ?
- Dans quelle maison elle était cuisinée ?
- Pour quelle occasion ?
- Qui était assis autour de la table ?
Et surtout, pourquoi ce souvenir compte autant pour nous ?
Ce sont souvent des questions que nous ne posons pas.
Parce que nous pensons que nous aurons toujours le temps.
Nous nous disons que nous demanderons plus tard à notre mère comment elle faisait ce fameux gâteau.
Que nous demanderons un jour à notre grand-mère pourquoi elle préparait toujours ce plat à Noël.
Que nous noterons cette recette lorsqu’elle aura un peu de temps.
Et puis les années passent.
Et parfois, la personne qui connaissait l’histoire n’est plus là pour nous la raconter.
La recette existe peut-être encore.
Mais il manque quelque chose.
L’histoire.
C’est pourquoi je crois qu’il est aussi important de transmettre les souvenirs que les recettes elles-mêmes.
Écrire « poulet rôti » sur une feuille ne raconte pas le dimanche chez Mérotte et Papounette.
Une liste d’ingrédients ne dit pas que mon grand-père me demandait chaque vendredi ce que je voulais manger le dimanche.
Une vieille assiette ne raconte pas, à elle seule, toutes les tables qu’elle a accompagnées.
Ce sont les histoires que nous ajoutons qui leur donnent leur véritable valeur.
Et ces histoires n’ont pas besoin d’être extraordinaires.
Elles peuvent être toutes simples.
« Chez nous, on faisait toujours comme ça. »
« C’est la recette de Maman. »
« C’est le gâteau que Papa préparait pour mon anniversaire. »
« Cette assiette était toujours sortie pour Noël. »
Ces quelques mots peuvent sembler anodins.
Mais pour les générations qui viendront après nous, ils pourront devenir précieux.
Parce qu’ils leur permettront de découvrir non seulement ce que leur famille mangeait, mais aussi comment elle vivait, aimait, partageait et se réunissait.
Et peut-être qu’un jour, quelqu’un ouvrira un carnet, regardera une photographie ou posera une vieille assiette sur une table et se demandera :
« Qui étaient-ils ? Comment vivaient-ils ? Quelles étaient leurs traditions ? »
Alors, nos histoires pourront continuer à vivre.
Et si vous aviez déjà entre vos mains votre propre patrimoine familial ?
Lorsque l’on parle de patrimoine familial, on pense souvent à de grandes choses.
- Des photographies anciennes
- Des lettres
- Des meubles transmis de génération en génération
- Des bijoux de famille
- Un arbre généalogique soigneusement conservé
Mais notre patrimoine familial ne se trouve pas uniquement dans ces objets que l’on considère comme précieux.
Il peut être beaucoup plus simple.
Il peut se trouver dans une boîte au fond d’un placard.
Dans une vieille recette écrite sur un morceau de papier.
Dans un carnet de cuisine dont les pages portent encore les traces des préparations.
Dans une photographie où plusieurs générations sont réunies autour d’une table.
Dans une assiette que l’on continue à utiliser sans vraiment savoir combien de personnes l’ont tenue avant nous.
Dans une nappe brodée par une arrière-grand-mère.
Dans un plat que l’on prépare chaque année à la même date.
Dans une histoire que l’on raconte toujours de la même façon.
Dans un geste que l’on a appris de sa mère et que l’on reproduit aujourd’hui avec ses propres enfants.
Et même dans une simple phrase :
« Chez nous, on a toujours fait comme ça. »
Tout cela fait partie de notre histoire.
Et peut-être avez-vous, vous aussi, dans votre cuisine, dans vos placards ou dans vos souvenirs, de petits trésors dont vous ne mesurez pas encore la valeur.
Ils n’ont peut-être aucune valeur financière.
Mais ils ont une valeur affective et familiale.
Parce qu’ils racontent d’où vous venez.
Ils racontent ceux qui vous ont précédée.
Et ils peuvent raconter quelque chose de vous à ceux qui viendront après vous.
Car la transmission ne commence pas forcément avec un objet ancien.
Elle commence parfois simplement par une histoire que l’on décide de raconter.
Une recette que l’on prend enfin le temps d’écrire.
Une photographie à laquelle on ajoute quelques lignes.
Un souvenir que l’on ne veut pas laisser disparaître.
Et peut-être qu’en y réfléchissant, vous vous apercevrez que vous avez déjà beaucoup plus à transmettre que vous ne le pensiez.
C’est de cette réflexion qu’est né « À la Table des Ancêtres »
Toutes ces réflexions m’ont amenée à me poser une question toute simple :
Et si nous pouvions aider les souvenirs familiaux à continuer leur chemin ?
Pas seulement les grandes histoires.
Pas seulement les objets anciens.
Mais aussi toutes ces petites choses qui semblent parfois insignifiantes et qui, pourtant, racontent tellement de nous.
- Une recette
- Une anecdote
- Le souvenir d’une personne
- Une tradition
- Une photographie
- Une vieille assiette
- Un geste appris de sa mère
- Une histoire racontée mille fois autour de la table
C’est ainsi qu’est né À la Table des Ancêtres.
Un projet qui me tient particulièrement à cœur et qui part d’une conviction :
nous avons tous quelque chose de notre histoire familiale à transmettre.
Je voudrais aider les femmes qui le souhaitent à recueillir cette mémoire, à la raconter et à la transmettre aux générations qui viendront après elles.
Pas pour rester tournées vers le passé.
Au contraire.
Pour permettre aux enfants et aux petits-enfants de mieux comprendre ceux qui les ont précédés.
Pour leur donner envie de poser des questions.
De découvrir les histoires de leur famille.
De connaître les personnes qui ont contribué à construire celle qu’ils sont aujourd’hui.
Et peut-être, un jour, de transmettre à leur tour.
Parce que je crois que la transmission peut créer un véritable lien entre les générations.
Et qu’une recette de famille peut être bien plus qu’une recette.
Une assiette peut être bien plus qu’une assiette.
Une histoire peut être bien plus qu’une histoire.
Elles peuvent devenir des morceaux de mémoire que l’on choisit de ne pas laisser disparaître.
C’est cette mémoire familiale autour de la table que j’ai envie de faire vivre avec À la Table des Ancêtres.
Et vous, qu’aimeriez-vous laisser derrière vous ?
Peut-être avez-vous, vous aussi, une recette que vous ne voudriez jamais voir disparaître.
- Une histoire que vous aimeriez raconter à vos enfants ou à vos petits-enfants.
- Un objet de famille dont vous connaissez l’histoire.
- Une tradition que vous aimeriez voir continuer.
Ou simplement un souvenir de table qui vous fait encore sourire aujourd’hui.
Alors prenez quelques instants pour y penser.
Qu’aimeriez-vous que les générations qui viendront après vous sachent de votre famille ?
Et si vous ne savez pas encore par où commencer, ce n’est pas grave.
Il suffit parfois :
- D’une seule question
- D’un souvenir
- D’une recette
- D’une photographie
- D’une conversation autour d’une table
C’est peut-être là que commence la transmission.
Bienvenue à la Table des Ancêtres !
C’est de cette envie de préserver ces petits morceaux de mémoire familiale qu’est né À la Table des Ancêtres.
Un projet que je suis actuellement en train de construire et que j’ai envie de construire avec vous.
Votre histoire m’intéresse aussi. Si vous avez une recette, une tradition, un souvenir ou une personne qui a marqué votre histoire familiale, je vous invite à répondre à mon petit questionnaire.
Et si vous souhaitez suivre les premières étapes de cette aventure et découvrir les prochains contenus, vous pouvez également rejoindre la page Facebook À la Table des Ancêtres.
Parce que chaque famille possède ses propres trésors.
Et les vôtres méritent, eux aussi, de continuer à vivre.
